Gabriela Carneiro da Cunha Altamira 2042

[Danse]

Implanté en plein poumon vert du monde, l’Amazonie, le barrage géant de Belo Monte s’érigeait dès sa construction en 2012 en emblème de la dévastation de la nature par l’homme. Chambre de résistance à ce symbole d’Anthropocène, l’installation performative de Gabriela Carneiro da Cunha fait voluptueusement entendre la rivière Xingu et ses secrets.

Altamira 2042, c’est une polyphonie de bruits, de sonorités, de timbres, de tremblements, de plaintes et de désirs portés par des chants habituellement réduits au silence, la voix d’ombre et de lumière des rivières elles-mêmes. Lecteurs flash et haut-parleurs LED portés et manipulés par la performeuse se font les vecteurs d’une transmission et d’une amplification des voix humaines ou non humaines du dedans et des rivages de la rivière Xingu : population riveraine, indigène – Juruna et Araweté –, journalistes, écologistes, rappeurs, artistes, anthropologues, animaux, pluie dans la forêt, flots de la rivière. Performance-rituel, Altamira 2042 est une expérience techno-chamanique qui s’offre au plus près des spectateurs, entrant dans la danse ou dans la transe, mettant à l’échec, par le contraste entre médiums high-tech et le sujet, la frontière archaïque entre nature et culture. Pas étonnant que la puissance de cette œuvre ait touché Lia Rodrigues par son enjeu politique et poétique.