Christoph Marthaler Geschichten aus dem Wiener Wald / Légendes de la forêt viennoise

[Théâtre]

Marianne, fille d’un fabriquant de poupées de Vienne, est promise à Oscar, riche boucher du quartier. Mais au cours de la cérémonie de fiançailles, elle tombe amoureuse de l’un des invités, Alfred, bookmaker lâche et désœuvré…
La description de cette humanité veule, enivrée de valses viennoises et minée de conventions hypocrites, terreau fécond du nazisme à venir, et les portraits sans concession des déclassés de ce no man’s land social de l’Allemagne et de l’Autriche des années 1920, allaient valoir à Horváth un exil dont il ne reviendrait pas.
Celui dont les œuvres nourrirent les flammes des autodafés, auteur « dégénéré », trouva la mort au printemps 1938, à 37 ans, écrasé, lors d’un orage, par un arbre sur les Champs-Élysées.
Le travail de réactualisation mené par Christoph Marthaler sur Les Légendes de la forêt viennoise souligne l’acuité d’Horváth et sa vision de l’inébranlable marche au chaos.
Avec l’aide de la décoratrice Anna Viebrock, il transpose l’action de ces histoires de la forêt viennoise, mettant en scène les commerçants et habitants d’une même rue de la capitale autrichienne, dans la cour d’un immeuble de Marzahn – faubourg de Berlin-Est aujourd’hui particulièrement éprouvé par le chômage et foyer vivace de l’extrême droite – ou dans le hall d’un vieux cinéma de Vienne.
Rejetés sur le bas-côté de l’Histoire, exclus du développement économique, les personnages tragi-comiques de Horváth sont les ancêtres de ces vieux Viennois ou de ces « Ossis » que l’on peut voir aujourd’hui errer par les rues. Ceux-là qui cherchent refuge dans un passé idyllique et imaginaire, dans les valeurs et les concepts d’un temps où leur monde n’était pas encore en lambeaux.