Mathilde Monnier Tempo 76

[Danse]

Mathilde Monnier porte encore en elle une part de l’euphorie créatrice qui, dans le domaine de la danse contemporaine, caractérisa la France des années 1980. Chercheuse infatigable, elle ne tient littéralement pas en place, prenant garde à ne pas réduire son écriture à une simple signature, reproductible à l’envi. De fait, son itinéraire chorégraphique s’écarte nettement des sentiers battus et traverse des paysages très contrastés, volontiers utopiques, le 2008 Vallée imaginé avec l’inénarrable chanteur Philippe Katerine n’étant pas le moins extravagant d’entre eux…
Indissociable de son désir de jubilation, son goût de la confrontation l’amène fatalement à se diriger là où ça remue – par exemple, du côté des textes de Christine Angot (La place du singe, Arrêtez, arrêtons, arrête), de la tragédie antique (Pour Antigone), des chansons de PJ Harvey (Publique) ou de la pensée du philosophe Jean-Luc Nancy (Allitérations).
Irriguée par la musique du compositeur hongrois György Ligeti, sa nouvelle création s’appuie « sur une forme très repérée dans l’histoire de la danse : l’unisson », dont le ballet classique « continue de faire un usage constant ».
Mathilde Monnier s’approprie ici cette forme archétypale, presque totalement absente du champ contemporain, afin d’en interroger en profondeur la signification. « Nous vivons maladroitement à l’unisson du monde. Nous tentons de nous raccrocher au rythme d’un monde qui nous dépasse. Nous tentons de nous adapter à un environnement de plus en plus hostile, de plus en plus rapide, de moins en moins appréhendable et compréhensible. Il s’agit d’en être les témoins et d’intimer un acte dans la matière, de chercher des points d’entrées possibles. »