Ricardo Bartis De Mal en Peor

[Théâtre] Le travail que mène le comédien et metteur en scène argentin Ricardo Bartís, depuis plus de vingt ans, avec la compagnie Sportivo Teatral, est le fait d’un homme habité par la tragédie de tout un peuple, et d’un artiste auquel la scène a offert une sorte de seconde vie.
Farouchement indépendant et radical, le théâtre de Ricardo Bartís porte en lui la douleur d’une société non cicatrisée ; ses spectacles disent toute la diffculté d’appartenir à un pays meurtri par les années de dictature et par l’oppression économique.
Le nom de sa compagnie traduit bien la conception physique qu’a du théâtre ce metteur en scène pour qui « jouer est une expérience hérétique, une activité révolutionnaire à l’encontre d’une société déshumanisée ».

Chez lui, les corps sont souvent opprimés, comprimés dans l’espace. Ainsi, De Mal en Peor, dernière née de ses « tragédies argentines », a vu le jour entre les murs du studio-théâtre de Bartís : une configuration qui a contribué à lui donner ces allures de vaudeville, ce ton volontiers parodique. L’action a pour cadre ces trois décennies qui, entre 1880 et 1910, ont vu le pays basculer dans la précarité économique. Elle met en scène deux familles déchues associées dans un même projet d’entreprise – une coopérative grevée par les dettes – et partageant une vaste demeure de Buenos Aires. Une demeure qui abrite également le Musée Marie Helen Hutton, Américaine longtemps restée captive des Indiens et recueillie par la famille Mendez Uriburu…
Il est question ici de bons d’Etat mystérieusement disparus et de luttes fratricides, le tout sur fond de répression policière et de soubresauts politiques, au moment où le pays s’apprête à célébrer le centenaire de cette Révolution de Mai qui l’a vu accéder à l’indépendance…
Le dispositif d’immersion imaginé par Ricardo Bartís, la proximité avec les comédiens plongent le spectateur au cœur de cette mêlée, le confrontent sans détour avec la réalité d’un pays en temps de crise.