Merce Cunningham Nearly 90

[Danse]

Pour rester alerte et lucide, mieux vaut maintenir ses neurones actifs… L’exceptionnelle longévité de Merce Cunningham tient peut-être à son enjouement face au champ neuronal de la danse, dans le prisme d’une incessante combinatoire. Le chorégraphe disait récemment de la danse qu’elle est « une explosion de mouvements qui suscitent quelque chose de très organique, ressemblant au fourmillement intense de particules observées au microscope ou au parcours muet des constellations ». Pour ses quatre-vingt dix  ans, Cunningham s’offre avec Nearly Ninety une œuvre grand format, qui déploie treize danseurs dans un pétillant puzzle de solos, duos et trios. Cerise sur le gâteau (d’anniversaire), cette aventure est aussi musicale avec la réunion, aux côtés du fidèle Takehisa Kosugi, du multi-instrumentiste John Paul Jones (qui fit les beaux jours de Led Zeppelin dans les années 1960), et du rock « alternatif » autant que téméraire des quatre mousquetaires de Sonic Youth. Installés en surplomb de la scène, dans un étrange satellite de métal conçu par l’architecte italienne Benedetta Tagliabue, ils sont les forgerons d’un chaos avec lequel Merce Cunningham aime jouer, dans un équilibre toujours précaire entre rigueur mathématique et impulsions du mouvement. C’est là tout l’art d’un chorégraphe qui a su faire de la danse la grammaire d’une poésie multidimensionnelle

** Attention ! la musique composée par John Paul Jones, Takehisa Kosugi sera interprétée sur scène par John King et Takehisa Kosugi

"Comme un écho à cet impérieux besoin de Cunningham d’être dans l’exploration et l’innovation, la pièce d’origine a déjà fait peau neuve depuis le printemps dernier. Le 25 septembre au Krannert Center for the Performing Arts à Urbana, dans l’Illinois, a eu lieu la première représentation de la nouvelle version, Nearly 902, sans la sculpture de Benedetta Tagliabue, gigantesque tour métallique de 8 tonnes ni les projections vidéos qu’elle supportait dans sa charpente. Cette version est celle de la tournée mondiale qui suit la disparition de Merce Cunningham. Deux musiciens sont sur scène et composent en live : le sound designers media-mix Takehisa Kosugi, et John King. La chorégraphique, elle, est identique à la version new yorkaise.
Elle reste le terrain fertile d’une danse qui offre un formidable support à l’imaginaire."
Anne Davier