Saburo Teshigawara Miroku

[Danse]

Depuis la création de la compagnie Karas en 1985, Saburo Teshigawara n'a cessé de poursuivre la recherche d'une « nouvelle forme de beauté », puisant ses sources dans la tradition japonaise comme dans les formes du présent. Chacune de ses pièces prolonge une réflexion sur l'équilibre fragile qui unit le corps à son environnement – expérience où l'harmonie ne peut émerger que d'une lutte physique avec le vide et la matière.
Dans un mouvement d'épure radicale, Miroku, son nouveau solo, expose un corps entouré d'immenses parois lumineuses dont les dégradés bleus sculptent les mouvements. Comme déplacé par d'invisibles fluides, ce corps découpe les formes sans relâche, délie les résistances de l'espace. Au clair-obscur de la scène répond l'urgence des gestes, leur précision – inventant une mesure personnelle où la vitesse engendre la lenteur, où la répétition et le déséquilibre font naître la suspension. Chaque mouvement devient trait, signe d'une calligraphie éphémère dont les coups de pinceau caressent le temps.
La beauté abstraite de cette danse révèle un imaginaire multiple : algue tourmentée par le courant, roseau effleuré par le vent, conscience au bord du gouffre ; Saburo Teshigawara nous guide dans ce trajet d'ombres et de lumière – tel Miroku, l'incarnation de Bouddha qui apparaîtra lorsque le monde aura atteint l'harmonie.