Robyn Orlin Walking Next to Our Shoes…

[Danse]

Des titres ciselés, pleins de paradoxes, comme « si tu ne peux pas changer le monde, change tes rideaux ». C’est souvent des mots qu’émergent l’humour, l’engagement et le désordre créatif qui agitent les pièces de Robyn Orlin. Danse, opéra, installations ou déambulations – comme Babysitting Petit Louis présenté l’année dernière au musée du Louvre : la diversité des formes qu’elle manie s’ébauche au croisement du langage et des corps, révélant des pans souvent minoritaires mais toujours symptomatiques de la société sud-africaine. Au cœur de son travail, une question : comment regarder l’Afrique sans complaisance, sans fascination, restituer la multiplicité de sa création, la violence de son histoire ?
À l’origine de ce spectacle, la chorale des « Phuphuma Love Minus », qui perpétue la tradition vocale de l’Isicathamiya, dérivée d’un verbe signifiant « marcher doucement ». Robyn Orlin s’est saisie du réseau de sens s’enroulant autour des pieds pour mettre en scène un concert qui soit aussi réflexion sur l’urbanisation et la condition des noirs en Afrique du Sud. Les chaussures servent ici de métaphore humoristique : symbole des transformations du monde moderne, évoquant la pauvreté, le déracinement, mais aussi l’invention, la danse, le rythme. De l’intérieur même de leurs chants d’amour et de révolte émerge un contexte plus vaste ; ces voix, ces cadences, ces corps qui virevoltent, se heurtent, jouent, s’interpellent font rentrer la rumeur d’un dehors. Sur un écran précaire apparaissent des hors-champs, fragments documentaires ou prises de vue directes. À l’image des costumes bariolés de la troupe, c’est une Afrique métissée et complexe qui apparaît : une culture qui « passe la porte des continents sans frapper ».