Guy Cassiers Coeur ténébreux

[Théâtre]

Formé aux Beaux-Arts d’Anvers, Guy Cassiers s’est imposé, à 50 ans, comme l’une des grandes figures d’une scène flamande aussi riche que pluridisciplinaire : de Rouge décanté à Sous le volcan, en passant par son mémorable « Triptyque du pouvoir » créé à Avignon (et présenté en 2008 par le Festival d’Automne et le Théâtre de la Ville), ses spectacles, qu’il qualifie de « mosaïques », convoquent des éléments empruntés aux arts visuels, au cinéma et à la télévision pour proposer un théâtre qui, au-delà de sa sidérante beauté plastique, revêt une résonance sensiblement contemporaine, et résolument politique.
C’est aussi un théâtre d’acteurs, ainsi que vient le rappeler ce Coeur ténébreux conçu avec et pour Josse De Pauw, unique (et magistral) protagoniste de cette sombre équipée. Guy Cassiers poursuit ainsi son travail sur des matériaux « non dramatiques », et sur les monuments de la littérature européenne du XXe siècle. Après Proust, Klaus Mann, Robert Musil ou Malcolm Lowry, il s’attache aujourd’hui à l’Anglais Joseph Conrad – Coeur ténébreux est une adaptation d’Au coeur des ténèbres, bref roman, fameux notamment pour avoir inspiré à Francis Ford Coppola son film Apocalypse Now.
Il s’attaque surtout, à travers ce texte, à tout un pan de la mémoire collective belge : l’action du livre, brûlot anti-colonialiste, se déroule en effet au Congo belge, où Marlow, jeune officier de marine marchande britannique, est chargé de retrouver la trace de Kurtz, directeur d’un comptoir établi par une compagnie belge dans la jungle... Comme toujours chez Cassiers, l’intime et le politique se trouvent ici étroitement mêlés : car ces « ténèbres » au coeur desquelles s’aventure Marlow sont bien entendu celles de l’âme humaine, à laquelle Kurtz tend un miroir d’une noirceur démoniaque.