Krystian Lupa La Cité du rêve

[Théâtre]

Publié en 1909, L’Autre Côté constitue l’unique roman de l’Autrichien Alfred Kubin (1877-1959), immense dessinateur qui fut proche du peintre Paul Klee, et dont l’univers fantasmagorique rappelle celui d’Odilon Redon. Ce livre fantastique à tous les sens du terme (narrant l’équipée hallucinée d’un dessinateur vers l’« Empire du rêve », pays créé de toutes pièces par un homme richissime) allait exercer une influence déterminante sur Kafka, Lovecraft et sur les Surréalistes. « Le privilège des grands maîtres est sans doute de savoir faire usage de leur liberté », écrivait-on ici même en 2010, au moment de la présentation du Factory 2 de Krystian Lupa : ce n’est peut-être pas un hasard si, alors, c’est à travers la figure d’Andy Warhol que ce maître du théâtre polonais (héritier de Tadeusz Kantor, il a été le professeur de Krzysztof Warlikowski)  avait choisi de radicalement renouveler sa manière, en recourant notamment à l’usage de la caméra.
Aujourd’hui, Krystian Lupa va plus loin. Avec La Cité du rêve, il ne s’attaque pas seulement à l’un de ces romans-fleuves auxquels il a l’habitude (après Le Maître et Marguerite ou Les Frères Karamazov) de se frotter ; il revient, surtout, à un texte qui marqua une étape décisive dans son travail.
Avec L’Autre Côté en effet, déjà présenté sous le titre La Cité du rêve au Stary Teatr de Cracovie, il clôturait en 1985 la « première phase » de son itinéraire créatif : La Cité du rêve venait alors synthétiser sept années d’expérimentations autour de ce que Lupa a appelé le « théâtre de la révélation »…
On est donc d’autant plus impatient de voir la manière dont, 25 ans après, ce metteur en scène qui est aussi dessinateur (il a été formé à l’Académie des beaux-arts de Cracovie) se ressaisit, avec certains des acteurs de la création, de ce livre hors normes. Un livre dont la teneur devrait particulièrement seoir à ce théâtre dont la temporalité si particulière, qui n’a cessé de se dilater au fil des ans, a la sensualité du rêve…