Boris Charmatz 10000 gestes

[Danse]

Après l’oralité débridée de danse de nuit (2016), Boris Charmatz revient aux interrogations perceptives à l’origine de Levée des conflits (2010) : 10000 gestes va vers une utopie de danse où aucun geste ne se répète jamais, il crée un torrent gestuel ininterrompu, parcouru de tremblements, de soubresauts. Un défi sensitif et chorégraphique qui sature l’espace de la perception.

Inventer un geste, inventer deux gestes, inventer trois gestes, d’accord. Mais inventer dix mille gestes, comment est-ce possible ? Jouant avec les limites de ce qui fait geste, de ce qui distingue un mouvement de bras ou de jambe d’un autre -, Boris Charmatz soumet une nouvelle fois la chorégraphie à une frontière, signifiée, dès le titre, sous forme de défi. À quoi peut bien ressembler une masse de corps déployant une telle quantité de mouvements dans un espace progressivement saturé – un espace où rien ne se répète jamais ? À une sculpture ? À une installation vivante ? À une chorégraphie fantôme ? Comme pour Levée des conflits, il y a à l’origine de 10000 gestes l’horizon d’un fantasme perceptif : créer par les ressources propres de l’art chorégraphique une illusion visuelle, presque subliminale ; un flux où les interprètes seraient en même temps plus et moins que des corps : des atomes, des principes agissant, une pure succession d’états et de variations d’intensité. Dans ce mirage de danse, la profusion cherche à atteindre un état de constante transformation, où la matière physique lutte contre sa propre dissolution. Au cœur d’un torrent éphémère parcouru de contractions, inscrire malgré tout une impression : quelque chose qui reste.
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Durée : 1h