Éditorial

Le Festival,
le monde et l’Europe


Dès sa première édition en 1972, le Festival d’Automne à Paris invitait des artistes venus des États-Unis, d’Indonésie, du Japon, d’Allemagne, de Roumanie, de Grèce, d’Italie, des Pays-Bas… Attentif au monde des Arts, à l’Europe de la Culture, le Festival n’a jamais cessé d’ignorer les frontières – géographiques, culturelles, artistiques – avec un seul et même désir, une seule et même responsabilité : transmettre à tous le goût de la diversité des genres, de l’audace des formes et de la beauté des langues.

À l’heure où l’Union européenne se voit tiraillée par les tentations de repli sur soi et de rejet de l’autre, la 48e édition du Festival entend montrer combien la parole des artistes est nécessaire à l’Europe de demain. Fruit de regards croisés, de cultures plurielles qui se nourrissent les unes des autres, le programme du Festival réunit – de septembre à décembre 2019 – une centaine d’artistes venus d’Europe (Chypre, Italie, Allemagne, Belgique, Portugal, Danemark, Grande-Bretagne…), mais aussi d’Égypte, de Corée, de Taïwan, de Chine, d’Australie, du Brésil, d’Afrique du Sud, du Canada, de la République Démocratique du Congo…

Tout au long de cette 48e édition, les étudiants de l’École nationale supérieure des Beaux-Arts, ceux du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, et d’autres venus de diverses écoles de théâtre participeront activement aux créations de Anna Boghiguian, de Gwenaël Morin et à l’event Cunningham x 100.
Pour inventer des liens nouveaux et favoriser la proximité avec les spectateurs, plusieurs artistes quittent cet automne les plateaux pour les musées (La Ribot, Myriam Gourfink, Christodoulos Panayiotou) ; s’éloignent des théâtres pour jouer avec les architectures de Le Corbusier (Gerard & Kelly) ou de Rem Koolhaas (Échelle Humaine) ; s’appuient sur un travail documentaire pour enrichir leurs créations (Aurélie Charon / Amélie Bonnin / Caroline Gillet, Mohamed El Khatib, Marie Losier…).

Trois grands portraits en 2019

Le Festival a construit des histoires au long cours avec les plus grands artistes de notre temps. Parmi eux, l’un des plus importants chorégraphes du XXe siècle : Merce Cunningham, dont l’œuvre n’a cessé de repousser les frontières de la danse comme du spectacle vivant, de la musique et des arts plastiques. Le Portrait que nous imaginons aujourd’hui avec nos partenaires s’adresse à toutes les générations de spectateurs avec, peut-être, une pensée particulière pour celles et ceux qui vont découvrir l’œuvre de ce grand maître internationalement salué.

L’histoire entre La Ribot et le Festival s’écrit depuis quinze ans. Figure emblématique de la nouvelle danse depuis le milieu des années 1980, La Ribot crée des œuvres scéniques au statut mouvant, se jouant des traditions et des disciplines, portées par la nécessité de s’inscrire dans notre monde pour mieux le questionner, voire le bousculer. Le Portrait que nous consacrons cet automne à son œuvre invite à un parcours entre musées et plateaux de théâtre.
Le second chapitre du Portrait dédié à Claude Vivier est l’occasion de prolonger la découverte d’une œuvre trop rarement jouée en France : celle de celui que György Ligeti considérait comme le compositeur le plus important de sa génération.

Cette année, le Festival accueille pour la première fois de nombreux artistes – Calixto Bieito, Anna Boghiguian, Aurélie Charon, Amélie Bonnin, Caroline Gillet, Wang Chia-Ming, Volmir Cordeiro, Lionel Dray, Myriam Gourfink, Lena Herzog, Fabien Gorgeart, Clotilde Hesme, Antonin Tri Hoang, Christodoulos Panayiotou – avec le désir d’accompagner chacun d’eux, de soutenir des aventures singulières et de partager avec eux notre joie à être citoyennes et citoyens du monde.

Avec les artistes invités, nous interviendrons auprès de milliers de jeunes pour qu’ils découvrent d’autres cultures, entendent d’autres langues, dialoguent avec d’autres générations. Cette volonté d’ouverture et de transmission est rendue possible grâce à l’engagement des enseignants, des responsables d’établissements et de tous nos partenaires.
Avec eux, nous faisons entrer l’art dans les établissements scolaires et les universités (Lena Herzog, Vincent Thomasset, Fanny de Chaillé, Grand Magasin…) et accompagnons la jeunesse dans les théâtres, les salles de concerts et les musées.

Je tiens ici à remercier l’équipe du Festival sans laquelle rien ne serait possible, le ministère de la Culture, la Mairie de Paris, la Région Île-de-France ainsi que notre grand mécène la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et l’ensemble des membres de l’association des Amis du Festival d’Automne à Paris, présidée par Jean-Jacques Aillagon, pour leur engagement.

Cette édition est dédiée à la mémoire d’Alain Crombecque, directeur du Festival d’Automne à Paris de 1992 à 2009, et à la mémoire de Bénédicte Pesle qui a fait découvrir Merce Cunningham et l’a accompagné tout au long de sa vie.

Emmanuel Demarcy-Mota
Directeur général