Christoph Marthaler Platz Mangel

[Théâtre]

Platz Mangel Manque de place »), la dernière création en date de Christoph Marthaler – avec laquelle il fit, fin 2007, un retour triomphal à Zürich, d’où il était parti trois ans auparavant –, a pour cadre une luxueuse maison de repos qu’un funiculaire relie au monde extérieur  : c’est la « Clinique des hauts et des bas », dont la terrasse ensoleillée est suspendue entre ciel et terre – entre la montagne et la vallée, l’hier et le lendemain, entre la vie et la mort. Dans ce décor d’apparence idyllique, des patients préparent – patiemment, forcément – leur retour à la vie sociale, entre deux visites du médecin-chef : réunis devant nous, les acteurs familiers du metteur en scène, arborant peignoir immaculé ou lunettes de soleil, concluent des contrats d’assurance absurdes, écoutent des lectures sur l’esprit divin ou se perdent en palabres dérisoires entre deux séances de remise en forme intensive. Comme toujours, Platz Mangel est rythmé par une musique omniprésente, interprétée par un duo de multi-instrumentistes qui, sur scène, font se côtoyer joyeusement les maîtres anciens (les Lieder de Schubert ou Mahler) et les tubes populaires, de Modern Talking à Brigitte Bardot. Sous le regard terriblement aigu de Marthaler, le bien-être se rapproche dangereusement du néant, et ce retour à une vie d’insouciance et d’aisance prend des allures d’aller simple vers la mort : et si ce petit paradis des montagnes suisses était au contraire l’antichambre de l’Enfer ?