Vincent Macaigne Idiot ! parce que nous aurions dû nous aimer

[Théâtre]

De la hargne, des hurlements et des larmes pures, du sublime et du festif, des histoires de guerres intimes, d’époque à enterrer et d’espoir à revendiquer quel qu’en soit le prix. En 2009, Vincent Macaigne présentait Idiot !, un spectacle tonitruant à base de crises de nerfs et de musiques hardcore, librement recraché de ses lectures du roman que Fiodor Dostoïevski publie en 1869, en pleine époque de bascule idéologique. Les spectateurs découvraient alors l’intensité d’un jeune metteur en scène capable de fédérer autour de lui quelques-uns des acteurs les plus puissants de sa génération et d’empoigner avec eux la trajectoire de ce Prince Mychkine, un protagoniste naïf, débonnaire, « inadapté », dont le monde piétine les idéaux mais qui, jamais, « n’admet le désespoir ».
Les questions que Vincent Macaigne posait alors dans son « livret de scène » tiré de L’Idiot n’ont cessé d’être reformulées depuis, de manière plus ou moins souterraine, dans des créations ultérieures largement saluées comme Au moins j’aurais laissé un beau cadavre inspiré d’Hamlet (2011) : jusqu’où doit-on se battre au nom de ce qu’on croit être la Vérité ? À partir de quand les luttes les plus pures deviennent-elles venimeuses ? Six ans après la création de ce spectacle foutraque aux allures de manifeste esthétique, Vincent Macaigne en livre aujourd’hui une seconde version. « Surtout pas pour l’adapter au goût du jour, ce serait trop triste », mais pour réentendre le jeune artiste qu’il a pu être à l’époque et réaffirmer, encore et encore, la nécessité de la naïveté face au cynisme démissionnaire.