Jérôme Bel Danses pour une actrice
(Valérie Dréville)

[Danse]

En proposant à Valérie Dréville d’appliquer ses propres méthodes de travail à la danse, Jérôme Bel opère un déplacement qui en renouvelle la performativité. L’écriture chorégraphique cède le pas à l’imaginaire de la comédienne qui confère toute sa richesse à l’interprétation.

Convaincu que certaines chorégraphies sont aussi éloquentes et significatives que les plus grands textes dramatiques, Jérôme Bel demande à une actrice, Valérie Dréville, d’interpréter des solos de danse issus du répertoire des trois modernités chorégraphiques (allemande, américaine et japonaise). L’interprétation se définit donc ici à l’entrecroisement des pratiques de la danse et du théâtre, de la chorégraphie et du langage. Cherchant moins à imiter le travail de la danseuse qu’à aborder la partition avec les moyens propres au jeu dramatique, Valérie Dréville abandonne tout le formalisme qui prévaut habituellement dans la danse au profit du travail de son imaginaire. Sa puissance interprétative tient ainsi à sa capacité à assimiler un savoir afin de le transformer en des états de corps révélateurs. Cet effacement de la forme au profit de la signification modifie en profondeur les conditions de création du solo de danse comme celles de sa réception esthétique. Dans ce dispositif, l’expression de l’intériorité prime sur le travail des apparences, l’expérience supplante la représentation, en sorte que cette exécution théâtrale de la danse tient moins du spectacle qu’elle ne fait finalement événement. Conformément à l’engagement écoresponsable du chorégraphe, ce spectacle est proposé dans des versions « locales », adapté en différentes langues, comme en néerlandais avec l’actrice Jolente De Keersmaeker, au plus près de la singularité de chaque interprète.